Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on Google+Share on LinkedIn

Marwan Muhammad, le directeur exécutif du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France),  a publié un texte le 30 décembre dernier sur sa page facebook dans lequel il dresse un bilan de la lutte contre l’islamophobie en 2016 : «beaucoup de victoires, mais aussi beaucoup d’épreuves», écrit-il, notamment «le manque de soutien de plusieurs victimes de la part de leur entourage direct, encore plus lorsqu’il s’agissait de femmes».

Il dénonce le comportement d’époux et parents qui les ont découragées dans leur volonté de déposer une plainte, mais aussi les imams qui, «trop soucieux de ‘ne pas vexer Monsieur le maire’» demandaient de taire les injustices dont elles étaient la cible.

Il les appelle ensuite à «assumer» et «relever la tête» pointant les contradictions entre les «démonstrations de virilité pour des embrouilles de foot, de drapeaux», entre les «coups d’accélérateurs les jours de mariage» et leur état de «serviteurs [qui s’écrasent] soudainement réprimés par des maîtres indépassables».

Marwan Muhammad - ThePrairie.fr !

Marwan Muhammad – ThePrairie.fr !

Le comportement de certains conseils d’administration de mosquées et de leaders racistes sont également critiqués, les premiers agissant souvent en fonction des «dates d’expiration des cartes de résidents», prétexte au développement d’une ferveur patriotique. 

Il est à parier que certains vont s’emparer de ce texte pour y trouver un appel fait aux religieux de se mêler de ce qui ne les regarderait pas.

Qu’en pensez-vous ? On vous attend sur la page facebook du blog.

L’ensemble du texte ci-dessous :

«Si vous êtes un homme, cadre associatif ou imam, ce message ne va peut être pas vous plaire, mais il est absolument nécessaire. 

En 2016, la lutte contre l’islamophobie a eu beaucoup de victoires, mais aussi beaucoup d’épreuves. L’une des choses qui m’a personnellement le plus peiné, c’est le manque de soutien de plusieurs victimes de la part de leur entourage direct, encore plus lorsqu’il s’agissait de femmes.

Il y a des dossiers qui m’ont brisé le cœur, des femmes agressées ou exclues, avec à plusieurs reprises un époux ou des parents qui les ont découragées de porter plainte, sans parler des cas où l’imam de la mosquée locale, trop soucieux de ‘ne pas vexer Monsieur le maire’, a carrément demandé à ce que les victimes se taisent sur l’injustice dont elles étaient la cible. A l’heure où tant de gens se liguent contre l’islamophobie, de toutes les origines, de toutes les religions, de tous les âges et de tous les courants religieux au sein des communautés musulmanes, c’est triste de voir encore quelques personnes être sur ce logiciel.

Donc franchement, assumez-vous et relevez la tête.

Sans bien sûr faire de généralités, ça ne sert à rien de faire des démonstrations de virilité pour des embrouilles de foot, de drapeaux, de donner des coups d’accélérateurs les jours de mariage, des légendes urbaines sur l’honneur pour lequel on serait ‘prêts à mourir’, des récits historiques du temps où les Musulmans étaient magnanimes et vaillants… si c’est pour s’écraser comme des serviteurs, soudainement réprimés par des maîtres indépassables, comme si vos enfants, votre épouse ou vos parents ne méritaient ni la justice, ni la dignité dont vous dissertez à longueur de dîners (et comme ils sont longs…).

Pour ces imams à la marge qui ne représentent fort heureusement pas la majorité, ça ne sert à rien de monter sur le minbar pour dire aux gens de tenir à leur religion, si à la moindre secousse politique ou pression des racistes, on s’autocensure ou que les khotba [sermon] du vendredi deviennent, selon la latitude patriotique et la date d’expiration des cartes de résidents du conseil d’administration, un ordre de chanter la Marseillaise et de s’assimiler, ou une invariable répétition des points parfois déjà connus de la pratique musulmane. En guise de consolation, les musulmans ont des doctorats en ablutions, des prix Nobel en horaire optimal de paiement de zakat el fitr [aumône obligatoire] et des médailles Fields sur l’alignement des rangs pendant la prière. Au moins, cette fois c’est vrai qu’on est bons en géométrie.

Mais ça ne change pas la condition des musulman-e-s. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on vaut tellement mieux que ça. Donc si j’ai une demande à mes frères de foi, quel que soit leur niveau de responsabilité, c’est la suivante: soyez à la hauteur.

Ça ne veut pas dire d’avoir des coups de colère ni de céder aux provocations, mais d’être constants et déterminés 365 jours dans l’année, de soutenir notre entourage et de ne jamais accepter l’injustice. Nos enfants, nos parents, nos sœurs, notre épouse le méritent bien. Et quand des femmes musulmanes font des études, travaillent, participent ou conçoivent des projets, notre travail c’est de les soutenir et de les encourager. Ça parait si évident. Même lorsqu’on n’en tire pas personnellement d’avantage, même si ça requiert des efforts, même si ça nous semble, selon parfois nos habitudes, ‘secondaire et superflu’.

Comme une journée à la piscine. Comme une participation à une fête. Comme une journée de loisirs. Comme un projet entrepreneurial ou artistique. Comme l’envie d’essayer autre chose. Comme un besoin de changer d’air.

Et si vous dirigez la prière et que vous montez sur un minbar [chaise surélevée depuis laquelle l’imam fait son sermon] pour dire aux Musulmans comment ils devraient vivre, lorsque vous leur enjoignez de ressembler au Prophète Muhammad (sws), demandez-vous s’il aurait changé de discours et baissé la tête pendant une période d’oppression, demandez-vous s’il aurait regardé ailleurs lorsque d’autres communautés, plus pauvres ou étrangères, étaient persécutées, demandez-vous s’il aurait accepté qu’un Arabe de l’époque conteste à Bilal sa légitimité de muezzin ou à Salman son rôle de conseil, juste parce qu’ils étaient d’une couleur, d’une origine ou d’une classe sociale différente. [Il est fait référence ici à Bilal, esclave noir devenu musulman et premier homme à avoir fait l’appel à la prière, et Salman, originaire de Perse donc non arabe et musulman. Ses conseils au Prophète de l’Islam avaient été déterminants lors d’une bataille.]

Et si la réponse à toutes ces questions est non, alors soyez du côté de ceux qui souffrent aujourd’hui et demandez-vous ce que vous faites, chaque jour, pour changer leur situation.

L’équipe du CCIF est là H24, 365 jours par an pour les victimes d’islamophobie. A vous de faire votre part.»

 



Retrouvez la prairie sur fb/ThePrairie.fr et @ThePrairieFr



N’hésitez pas à partager l’article avec les boutons ci-dessous

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on Google+Share on LinkedIn