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Du marché de Wuhan au laboratoire P4

Le nouveau coronavirus est apparu fin 2019 dans un marché de Wuhan où sont vendus des animaux exotiques vivants. C’était la théorie officielle sur les origines du SARS-Cov-2 (nom scientifique du coronavirus 2019).

Dès la fin du mois de décembre 2019, les autorités locales désignaient ce marché comme épicentre de l’épidémie en Chine. «Les preuves suggèrent fortement que l’épidémie est associée à des expositions [entre humain et animal] sur un marché de fruits de mer à Wuhan», indiquait dans la foulée, mi-janvier, l’Organisation mondiale de la santé. 

Mais quelques jours plus tard, une étude publiée par la revue médicale britannique The Lancet affirmait que :
le premier patient répertorié n’avait aucun lien avec le marché, laissant ouverte la question de l’origine du virus
plus d’un tiers des cas de Covid19 du premier grand groupe répertorié n’avait non plus aucun lien avec ce marché.

De plus, celui-ci ne vendait pas de chauves-souris au moment de la contamination, animal par lequel les coronavirus se transmettent à l’homme.

Quelques semaines plus tard, une autre théorie s’est alors mise à circuler. Selon plusieurs sources à Washington, c’est dans un laboratoire de virologie de type P4 de Wuhan que la contamination vers l’homme aurait pu se faire, par accident.

Institut virologie Wuhan

Institut virologie Wuhan

Le niveau P4 correspond aux laboratoires qui peuvent manipuler des micro-organismes très dangereux et celui de Wuhan, né d’une collaboration entre la France et la Chine, est devenu en 2015 le premier laboratoire chinois avec un tel niveau de sécurité.

Laboratoires P4 dans le monde

Laboratoires P4 dans le monde

Une collaboration entre la France et la Chine

La décision de sa construction est née d’une collaboration forte entre la France et la Chine suite à la crise du SRAS en 2003. A l’époque, Jacques Chirac et son ministre de la santé Michel Barnier valident une association avec la Chine dès 2004 pour la construction d’un laboratoire de ce type. S’en suivront des années d’études avec les validations successives de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande.

En 2017, Bernard Cazeneuve alors Premier ministre, se rend sur place en compagnie de sa ministre de la santé Marisol Touraine et du président de l’Inserm Yves Lévy. Il annonce que cinquante chercheurs français vont s’installer à Wuhan pour y travailler pendant 5 ans

La France s’engage alors à lui apporter une expertise technique, ainsi que des formations pour améliorer le niveau de biosécurité du laboratoire. Mais les chercheurs français ne viendront jamais. Il sera notamment reproché aux chinois de travailler sans regard extérieur de chercheurs français, alors qu’une coopération étroite devait se faire.

Cazeneuve, Touraine et Lévy à Wuhan

Cazeneuve, Touraine et Lévy à Wuhan

Mais très vite, des problèmes de sécurité

Très vite, des failles de sécurité sont relevés dans le laboratoire. Selon le Washington Post, l’ambassade américaine en Chine a envoyé des diplomates scientifiques dans cet institut à plusieurs reprises en 2018. Des rapports sont alors envoyés à Washington. Ils décrivent «des conditions inappropriées de sécurité dans le laboratoire, qui conduisait des études risquées à propos des coronavirus provenant de chauve-souris».

Les scientifiques pointaient alors «les faiblesses de la sécurité et de la gestion du laboratoire» et avertissaient également de «la dangerosité des travaux qui y étaient menés sur les coronavirus des chauves-souris et leur transmission potentielle à l’homme». Cela pouvait selon eux représenter «un risque de nouvelle pandémie de type SRAS».

Ils ont par ailleurs noté un «un manque cruel de spécialistes dûment formés pour exploiter en toute sécurité ce laboratoire».

Laboratoire virologie Wuhan

Laboratoire virologie Wuhan

Des préconisations avaient alors été faites pour que les États-Unis apportent plus de soutien au laboratoire de Wuhan, «principalement parce que ses recherches sur les coronavirus des chauves-souris étaient importantes bien que dangereuses».

Le professeur Shi Zhengli, responsable du projet de recherche et expert depuis des années des coronavirus des chauves-souris avait publié une étude en novembre 2017 dans laquelle il montrait que des chauves-souris manipulées au sein du laboratoire de Wuhan «provenaient très probablement de la même population de chauves-souris qui avait donné naissance au coronavirus du SRAS en 2003».

Ces études étaient donc très importantes.

Interaction avec l’homme

Autre point important relevé par ces scientifiques : «les chercheurs de Wuhan ont également montré que divers coronavirus de type SRAS peuvent interagir avec l’ACE2, le récepteur humain identifié pour le coronavirus du SRAS».

Autrement dit, le coronavirus qui avait été à l’origine de l’épidémie de SRAS dans les années 2000 n’est pas le seul à pouvoir interagir avec des cellules humaines : «cette découverte suggère fortement que les coronavirus de type SRAS provenant de chauves-souris peuvent être transmis à l’homme pour provoquer des maladies similaires au SRAS», ajoutaient alors les scientifiques.

Comment le coronavirus infecte nos cellules

Comment le coronavirus infecte nos cellules

L’étude de l’interface entre l’animal et l’homme était donc essentielle «pour la prévision et la prévention des futures épidémies de coronavirus», insistaient-ils.

Rappel : nous sommes toujours en 2018.

Cependant, malgré l’intérêt de ces recherches, «d’autres scientifiques se demandaient déjà en 2015, ajoute le Washington Post, si l’équipe de Shi prenait des risques inutiles».

Xiao Qiang, chercheur à l’école d’information de l’université de Californie à Berkeley explique «qu’il y a longtemps que l’on s’inquiète de la possibilité que la santé publique soit menacée par les recherches de ce laboratoire, si elles ne sont pas menées et protégées de manière adéquate».

C’est l’ensemble de ce tableau qui interroge depuis quelques semaines sur l’origine du virus responsable de l’épidémie que nous vivons même si, précisent les articles consultés, «des preuves concrètes restent à être trouvées».

Le Washington Post ajoute qu’un autre laboratoire est dans le collimateur des Etats-Unis, le Centre de contrôle et de prévention des maladies, à Wuhan également, mais la Chine se refuse à toute étude pour examiner si l’un ou l’autre des laboratoires est impliqué.

Les autorités britanniques s’interrogent aussi

Le Washington Post et les autorités américaines ne sont pas les seules à s’interroger.

Quelques jours auparavant, le Daily Mail expliquait quant à lui que pour le gouvernement britannique, l’hypothèse d’un virus issu de ce laboratoire «n’était plus écartée».

Selon le site, «des rapports locaux non vérifiés» indiquent que des employés de l’institut ont été infectés après avoir été aspergés de sang. Ils auraient ensuite transmis l’infection à la population locale.

Marché de Wuhan et Institut virologie

Marché de Wuhan et Institut virologie

L’expert américain en biosécurité, le professeur Richard Ebright du Waksman Institute of Microbiology de l’université Rutgers dans le New Jersey, ajoute que si les preuves ne suggèrent pas une création en laboratoire du Covid19, il a par contre pu facilement s’en échapper pendant son analyse.

Le professeur Ebright va même plus loin : il affirme avoir consulté des éléments prouvant que les scientifiques du Centre de contrôle des maladies de Wuhan et de l’Institut de virologie ont étudié les virus avec une sécurité de «niveau 2» seulement – plutôt que le niveau 4 recommandé – niveau 2 qui «n’offre qu’une protection minimale contre l’infection des travailleurs de laboratoire».

Il en a conclu qu’au regard de ces preuves, un accident de laboratoire ne pouvait être exclu.

Autre détail troublant, toujours , selon le Daily Mail : en 2004, une fuite provenant d’un laboratoire chinois avait provoqué une épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui avait tué une personne et en avait infecté neuf autres.

Le gouvernement chinois avait conclu à une fuite, résultat d’une négligence et cinq hauts fonctionnaires du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies avaient été sanctionnés.

Le patient zéro travaillerait au laboratoire

Le Daily Mail rapporte également qu’un rapport a été publié dans le Beijing (Pékin) News lorsque le marché des animaux sauvages de Wuhan a été fermé en janvier : on y apprenait que Huang Yanling, un jeune chercheur de l’Institut de virologie, était le «patient zéro» – la première personne à avoir été infectée.

Mais l’institut a démenti cette affirmation. Selon lui, Huang a quitté le laboratoire en 2015, est en parfaite santé et n’a pas été diagnostiqué avec le Covid19.

Mark Pompéo et les «preuves immenses»

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a affirmé ce dimanche qu’il existait un «nombre significatif de preuves» que le nouveau coronavirus provient d’un laboratoire de la ville chinoise de Wuhan. «Il existe des preuves immenses que c’est de là que c’est parti», a-t-il déclaré sur la chaîne ABC, mais il refuse de confirmer ou infirmer l’aspect accidentel de la libération du virus.

Mike Pompeo

Mike Pompeo

«La Chine est connue pour sa propension à infecter le monde et à utiliser des laboratoires ne respectant pas les normes», a-t-il développé. «Ce n’est pas la première fois que le monde est mis en danger à cause de virus provenant de laboratoires chinois».

Conclusion

Une chose est certaine. Les autorités chinoises refusent toute enquête et toute coopération pour faire la lumière sur ces allégations.

Les scientifiques semblent unanimes : il ne s’agit pas d’un virus synthétisé. Par contre, des questions se posent sur le fait qu’il aurait pu avoir été étudié au sein de ce laboratoire puis transmis par accident à l’homme.

Les scientifiques s’accordent largement à dire qu’il provient d’animaux. «Mais ce n’est pas la même chose que de dire qu’il ne vient pas du laboratoire, qui a passé des années à tester les coronavirus des chauves-souris chez les animaux», a déclaré Xiao Qiang, chercheur à l’école d’information de l’université de Californie à Berkeley…



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