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Et une nouvelle affaire de jupe longue, une !

Ça se passe début mai. Fannie (prénom modifié), en première dans un lycée de Seine-et-Marne, a été empêchée d’assister à ses cours parce qu’elle portait une « jupe longue » jugée par la proviseure de l’établissement comme étant un « signe ostentatoire religieux ».  

Les faits 

– Le lundi 2 mai, une nouvelle proviseure prend ses fonctions. Elle est à l’entrée de l’établissement le matin et observe les élèves entrer dans l’école. Fannie a l’habitude d’ôter son voile avant de pénétrer dans le lycée. 

– Dans l’après-midi, pendant l’un de ses cours, elle est convoquée chez la CPE (Conseillère Principale d’Education) qui lui signifie que sa robe est trop longue et qu’elle va rencontrer la proviseure du lycée

– Après plus d’une heure d’attente dans les couloirs, et un cours manqué, la cheffe d’établissement la reçoit enfin et exige qu’elle change sa tenue

– Le lendemain mardi, la mère de Fannie se rend dans l’établissement pour obtenir des explications. La proviseure l’informe que « sa fille ne serait pas acceptée dans son établissement à partir du moment où elle portait une robe longue qui, pour elle, était un signe ostentatoire religieux ». Cependant, aucun écrit ne sera fait. Refus catégorique lorsque la maman le demande.

– Le mardi toujours, à 13h, Fannie se présente à l’entrée de l’établissement. La proviseure est là et refuse de la laisser passer. Toujours aucun écrit

– Mercredi arrive et l’adolescente pourra finalement rejoindre sa classe grâce à une tenue acceptée par la direction de l’établissement

Ça doit être ça la paranoïa face à l’Islam que décrit le sociologue Raphaël Liogier… 

A quand un surveillant à l’entrée des établissements pour mesurer la longueur des jupes des filles ? 

France et robes ostentatoires - ThePrairie.fr !

France et robes ostentatoires – ThePrairie.fr !

Que dit la loi ?:

Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) rappelle que l’article II- 2.1 de la circulaire du 18 mai 2004 relative à la mise en oeuvre de la loi du 15 mars 2004 n’interdit nullement le port de robes ou de jupes longues :

Article II- 2.1, circulaire du 18 mai 2004 - ThePrairie.fr !

Article II- 2.1, circulaire du 18 mai 2004 – ThePrairie.fr !

Article II- 2.1, circulaire du 18 mai 2004 - ThePrairie.fr !

Article II- 2.1, circulaire du 18 mai 2004 – ThePrairie.fr !

Et donc, à moins qu’une jupe soit aujourd’hui considérée comme un vêtement manifestant sa religiosité, il serait tant que ces affaires de longueur de jupes s’arrêtent.

A défaut, il faudra très vite en informer Nathalie Kosciusko-Morizet, Michèle Alliot-Marie et Julie Gayet… Ce prosélytisme islamique dont elle serait coupable leur a peut être échappé.

« Logique de police vestimentaire »

Suite à une affaire similaire l’an dernier dans les Ardennes, le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène, mettait en garde contre les risques d’une logique de police vestimentaire.

Il rappelait que l’école interdit « tous les signes dont le port fait tout de suite reconnaître une appartenance religieuse évidente », comme le voile, la kippa ou le turban sikh. Mais que « des accessoires ou tenues qui peuvent être portés communément par les élèves », comme les robes longues, traditionnelles ou pas, « ne sont pas visés par la loi ».

Il ajoutait également qu’il « faut analyser les comportements : si un élève refuse de mettre des vêtements adaptés pour les cours de chimie ou de sport, ou si un comportement prosélyte ou agressif accompagne sa tenue, il faut être strict ».

« Manipulation chronologique des faits »

L’Académie de Créteil assure que la jeune fille « n’a en aucun cas été exclue de l’établissement » et qu’une « robe longue n’est pas un motif d’exclusion ». Le problème serait dû aux échanges conflictuels entre la jeune fille convertie à l’islam en 2015 et l’équipe éducative qui tentait de comprendre les raisons de son changement de tenue.

Sauf que c’est en janvier que Fannie décide de porter le voile, et que c’est en mai qu’une proviseure la convoque… une proviseure arrivée le matin même. 

Le Figaro, dont l’objectivité n’est plus à démontrer lorsqu’il s’agit du fait islamique en France, a commenté cette affaire à sa manière : une savante « manipulation chronologique des faits », analyse le CCIF qui est revenu sur les affirmations du quotidien avec un fact-checking sur tweeter :

CCIF - Tweets fact-checking Le Figaro - ThePrairie.fr !

CCIF – Tweets fact-checking Le Figaro – ThePrairie.fr !

CCIF - Tweets fact-checking Le Figaro - ThePrairie.fr !

CCIF – Tweets fact-checking Le Figaro – ThePrairie.fr !

Et donc, conclut le CCIF, « entendre utiliser le comportement de Fannie comme faire-valoir pour justifier d’une décision prise antérieurement n’a aucun sens d’un point de vue chronologique ».

On ne peut pas reprocher à l’adolescente d’avoir été exaspérée par cette situation et affirmer que c’est son exaspération qui a créé ces tensions… 

Les femmes, premières victimes

Dans son rapport 2016 sur les actes islamophobes en France en 2015, le CCIF rappelle que « près de 9 signalements sur 10 concernent des femmes » et que parmi l’ensemble des discriminations perpétrées par des institutions, les écoles et établissements d’enseignement supérieur sont responsables de la très large majorité des cas.

Chiffres CCIF Rapport 2016 - ThePrairie.fr !

Chiffres CCIF Rapport 2016 – ThePrairie.fr !

Les femmes sont en France les premières victimes de l’islamophobie et les premiers responsables sont les acteurs de l’éducation. C’est un concept français en fait. Il faut priver les femmes d’éducation pour mieux les protéger.

La mère de Fannie a déposé plainte

La mère de Fannie a déposé plainte pour « discrimination religieuse » mais le parquet de Fontainebleau a classé sans suite. Selon le procureur Guillaume Lescaux, « il s’avère que la mère et l’élève avaient signé un règlement intérieur parfaitement régulier ». Ce règlement indique que «  le port de tenue par lequel l’élève manifeste ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ».

Retour à la case départ donc : NKM, MAM, Gayet, tout ça, tout ça…

A ce rythme, on va bientôt voir déposer des propositions de loi pour mesurer les profondeurs de décolletés comme indicateurs de bonne laïcité… On trouvera bien un député pour ça, genre Ciotti ou Morano…

En deçà d’une certaine longueur, les chefs d’établissements pourront exiger des preuves de non religiosité de la jeune fille. S’il s’avérait qu’elle a un prénom à connotation musulmanesque, cette exigence deviendrait inutile et la charge de la preuve de sa tolérance et de son non-extrémisme reviendrait à la jeune fille au risque de se voir expulsée…

Témoignage de la mère de Fannie



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