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Le 8 mai 1945, en Europe, on fête la victoire contre le nazisme. En Algérie, encore colonie française, une violente répression qui durera des semaines fera des milliers de morts, 45 000 morts selon les chiffres du consul général des Etats-Unis à Alger, un chiffre ramené à 15 000 par les autorités françaises

Dates clés

Source : Le 8 mai 1945 dans le Nord-Constantinois : retour sur un massacre

  • 10 février 1943 : Le Parti du Peuple Algérien (PPA), clandestin, et l’association des Ouléma, rend publique le Manifeste du Peuple Algérien qui affirme : «le temps est passé où un Musulman algérien demandera autre chose que d’être un Algérien musulman».
  • 14 mars 1944 : Les trois principales composantes du mouvement national algérien s’unissent au sein des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) pour lutter contre le colonialisme et promouvoir l’idée de nation algérienne.
  • Mars 1945 : Congrès des AML qui demande notamment «la reconnaissance de la nationalité algérienne » et «l’établissement d’une constitution algérienne démocratique et républicaine». Une motion reconnait Messali Hadj comme «leader incontestable du peuple Algérien».
  • 18 avril 1945 : L’administration coloniale procède à l’arrestation de plusieurs militants des AML à l’occasion d’un rassemblement dans le sud du département d’Alger. Des heurts entre la police et la population locale ont lieu.
  • 25 avril 1945 : Messali Hadj est déporté au Congo. La répression contre le mouvement national commence.
  • 1er mai 1945 : Fête du travail avec des cortèges du PPA distincts de ceux du Parti Communiste Algérien. Objectif : montrer les capacités de mobilisation et protester contre la déportation de Messali Hadj. La police ouvre le feu à Alger et ailleurs. 6 morts.
  • 8 mai 1945 : seule la région du Nord Constantinois doit manifester, des manifestations qui se veulent pacifiques (voir plus bas).
  • 12 mai 1945 : le Général De Gaulle ordonne au gouvernement général «d’afficher publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française en Algérie» et de «prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer tous agissements antifrançais d’une minorité d’agitateurs».
  • 15 mai 1945 : les AML sont dissous.
Carte Algérie - ThePrairie.fr ! (http://profshistoirelcl.canalblog.com/)

Carte Algérie – ThePrairie.fr ! (http://profshistoirelcl.canalblog.com/)

 

Le 8 mai 1945 

Au lendemain de la guerre, des mouvements nationalistes algériens veulent s’affirmer sur la scène internationale et revendiquer l’indépendance de l’Algérie. Ils souhaitent pour cela manifester le 8 mai 1945.

Chawki Mostefaï, l’un des cadres du mouvement affirmait qu’ «au moment de la célébration prochaine de la victoire définitive du camp de la Démocratie sur l’Hitlérisme, que le peuple algérien, partisan de la Démocratie et de la Liberté des peuples, entendait célébrer dans la joie et l’enthousiasme la fin du cauchemar né de l’Hitlérisme et son équivalent le Colonialisme, contre lesquels le peuple Algérien a consenti les plus grands sacrifices sur tous les fronts de la guerre».

L’objectif était de «profiter au maximum du retentissement médiatique, à l’échelle mondiale de la victoire des pays de la Charte de l’Atlantique, l’Algérie devait fêter sa victoire en tant que peuple, en tant que nation opprimée, indépendamment de la France et de ses institutions, en arborant tout haut l’Emblème de sa propre souveraineté».

Le 8 mai, la manifestation a lieu. Ils sont 10 000 à Sétif. Un drapeau aux couleurs du PPA, devenu depuis le drapeau algérien, est déployé. La police veut s’en saisir. les manifestants refusent. Des rafales de mitraillette sont tirées par un policier français.

C’est l’émeute. A 13 heures le couvre feu est instauré et à 20 heures l’état de siège.

Manifestation Sétif, 8 mai 1945 - ThePrairie.fr !

Manifestation Sétif, 8 mai 1945 – ThePrairie.fr !

A Sétif, Guelma et Kherrata, la répression se poursuivra pendant des semaines, faisant des dizaines de milliers de mortsArmée, police, gendarmerie sont aux commandes mais aussi les colons européens auxquels sont distribuées des armes.

De nombreuses exécutions sommaires de suspects et militants ont lieu. Des automitrailleuses apparaissent dans les villages, des croiseurs tirent plus de 800 coups de canon sur la région de Sétif. L’aviation bombarde et rase plusieurs agglomérations.

Les corps des cadavres sont trop nombreux. Ils sont brûlés dans des fours à chaux. «S’il n’y a pas de corps il n’y a pas de victimes»…

Saci Benhamla, qui habitait à quelques centaines de mètres du four d’Héliopolis, décrivait «l’insupportable odeur de chair brûlée et l’incessant va-et-vient des camions venant décharger les cadavres, qui brûlaient ensuite en dégageant une fumée bleuâtre». «J’ai vu des Français faire descendre d’un camion cinq personnes les mains ligotées, les mettre sur la route, les arroser d’essence avant de les brûler vivants », ajoute-t-il.

Massacres de Sétif, 8 mai 1945 - ThePrairie.fr !

Massacres de Sétif, 8 mai 1945 – ThePrairie.fr !

Selon l’historien Mohammed Arbi, ce traumatisme radicalisera irréversiblement le mouvement national et marquera une génération à l’origine quelques années plus tard de l’insurrection du 1ier novembre 1954.

Reconnaissance française 

Le 27 février 2005, l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière parle de «massacres » lors d’un discours à Sétif : «je veux parler des massacres du 8 mai 1945, une tragédie inexcusable» (présidence Jacques Chirac).

Hubert Colin de Verdière - 27 février 2005, Sétif - ThePrairie.fr !

Hubert Colin de Verdière – 27 février 2005, Sétif – ThePrairie.fr !

En 2008, c’est Bernard Bajolet, nouvel ambassadeur, qui reprendra ce mot à Guelma.

En 2012, le Président de la République Francois Hollande évoque devant les parlementaires algériens «les souffrances que la colonisation a infligé» : «je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligé au peuple algérien (…), pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal».

Revenant sur les massacres de Sétif, il déclare : «le jour même où dans le monde triomphaient la liberté et la justice, la France manquait à ses valeurs universelles».  

En 2015, Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et à la Mémoire, dépose une gerbe devant un mausolé à Sétif mais, rappelle dans un article l’historien Olivier le Cour Grandmaison, «les survivants, les descendants des victimes et les dirigeants de la Fondation du 8 Mai 1945 en Algérie n’ont pas été associés à la cérémonie et le représentant de la France ne les a pas rencontrés».

Jean-Marc Todeschini, Sétif, 8 mai 2015 - ThePrairie.fr !

Jean-Marc Todeschini, Sétif, 8 mai 2015 – ThePrairie.fr !

L’auteur ajoute ensuite que s’il est question de semaines sanglantes, aucune mention de «massacres» ou «crimes». Par ailleurs, ceux qui les ont commis ne sont pas non plus désignés : «qu’ils soient civils ou militaires, ils ne sont nullement désignés, ceci est une conséquence de cela». «Des dizaines de milliers de morts algériens mais ni assassins, ni commanditaires, ni coupables d’aucune sorte»…



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