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Bernard Mezzadri - ThePrairie.fr !

Bernard Mezzadri – ThePrairie.fr !

Un message sur une liste interne…

Les faits se déroulent en mai 2015. Le Premier ministre Valls doit rencontrer une délégation de l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse (UAPV).

A cette occasion, Bernard Mezzadri, maître de conférence, évoque sur une liste de discussion interne réservée aux enseignants-chercheurs et personnels de son établissement, les propos de Valls sur un marché d’Évry en 2009 lorsqu’il avait souhaité plus de « blancos » dans sa ville pour en donner une meilleure image.

« J’espère qu’en cette grande occasion la délégation de l’UAPV comptera suffisamment de « blancos » (et pas trop de basanés), afin de ne pas donner une trop mauvaise image de notre établissement. »

Valls et les « blancos » - ThePrairie.fr !

Valls et les « blancos » – ThePrairie.fr !

Signalement par le président de l’université

Emmanuel Éthis, alors président de l’université, décide de « signaler » ces propos au procureur de la république, qui décide de citer l’enseignant à comparaître avec une qualification de faits reprochés qui a de quoi étonner :

« [provocation ] à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »

Etonnant ! Quand on sait que l’enseignant souhaitait par là dénoncer les propos de Valls.

Emmanuel Éthis - ThePrairie.fr !

Emmanuel Éthis – ThePrairie.fr !

« Dénoncer la xénophobie de M. Valls »

Dans un courrier adressé à Emmanuel Éthis, désormais recteur de l’académie de Nice (voir plus bas), Bernard Mezzadri s’explique. Il revendique le débat et sa liberté d’expression sur une liste intitulée « uapv-débats », surtout dans une université « qui, naguère, proclamait urbi et orbi être Charlie ». « Est-ce enfreindre la neutralité que de dénoncer sans concession le racisme et la xénophobie, où qu’ils se manifestent », ajoute-t-il.

Car son « intention était de dénoncer la xénophobie de M. Valls, telle qu’elle s’est manifestée notamment au marché d’Évry dont il était alors maire, lorsqu’il a estimé que le nombre insuffisant de blancos donnait une mauvaise image de sa ville », le même Valls qui dans un discours officiel, stigmatisait « une population nommément désignée (les Roms) en affirmant (sans aucun fondement objectif, évidemment) que, majoritairement, elle ne souhaitait pas s’intégrer ».

L’universitaire conclut en rappelant que « seul un régime totalitaire pourrait être tenté » de « vouloir retirer aux enseignants-chercheurs cette liberté de conscience et de parole, partie prenante des libertés académiques dont ils bénéficient traditionnellement ».

Une pétition de soutien et une nomination comme recteur

De nombreux professeurs et universitaires à travers toute la France soutiennent Bernard Mezzadri dans une pétition lancée en décembre 2015 pour dénoncer « le comportement des autorités de l’université » qui « au lieu de se poser en garants de la liberté de pensée et d’expression » entendent « la museler par une sordide tentative d’intimidation » mais aussi cette décision du procureur et le « chef d’inculpation » qu’ils qualifient d’infâme et calomniant attribuant « au prévenu des idées et intentions contraires à ce qu’il a toujours défendu ».

Emmanuel Éthis, celui qui était alors président de l’université, a quant à lui été nommé recteur de l’académie de Nice en juillet 2015 après le « signalement ».

Courrier envoyé par Bernard Mezzadri à Emmanuel Ethis

Source

« Bernard Mezzadri à M. Bernard Beignier
26, rue Haute Recteur de l’Académie d’Aix-Marseille
04160 CHÂTEAU-ARNOUX
Tél. : 06 71 12 79 53
Courriel : Bernard.Mezzadri@univ-avignon.fr

Avignon, le 11 novembre 2015

M. le Recteur,

Suite à une erreur d’adressage, je n’ai trouvé votre courrier de remontrances (du 24 juin) dans mon casier que le mercredi 4 novembre.

Comme le message incriminé a aussi entraîné une plainte en justice de mon établissement, je serai sans doute amené à m’en expliquer plus longuement, et publiquement.

Je me permets cependant de vous répondre en quelques mots, car je ne voudrais pas sembler acquiescer par mon silence à la condamnation sévère et sans nuances, injuste à mon sens, que vous prononcez.

Je précise tout d’abord que mon message a été diffusé sur une liste intitulée « uapv-débats », ce qui me paraît assez incompatible avec une quelconque neutralité (si tant est que cette prétendue neutralité puisse seulement exister) ; si l’on veut « neutraliser » un tel espace d’expression et de discussion contradictoire, il faut tout bonnement le supprimer.

Je ne pense pas non plus que mes propos excèdent les limites de la liberté d’expression, dans une démocratie en tout cas, où n’existe pas (pas encore ?) de crime de lèse-majesté et surtout dans une université qui, naguère, proclamaiturbi et orbi être « Charlie ».

Sur le fond, qui seul importe : mon intention était de dénoncer la xénophobie de M. Valls, telle qu’elle s’est manifestée notamment au marché d’Évry dont il était alors maire, lorsqu’il a estimé que le nombre insuffisant de blancos (c’est son terme !) donnait une mauvaise image de sa ville (le service juridique de mon université est d’accord avec moi sur ce point du moins, je pense, et même renchérit puisque, prenant au pied de la lettre la première partie de mon message où je rappelais ironiquement les termes – odieux, en effet – de M. Valls, il a porté plainte pour « incitation à la haine raciale » !) ; ou encore lorsqu’il a, dans un discours officiel, stigmatisé une population nommément désignée (les Roms) en affirmant (sans aucun fondement objectif, évidemment) que, majoritairement, elle ne souhaitait pas s’intégrer. Il me paraît difficile de nier que de telles paroles, dans la bouche d’un ministre (et pour reprendre votre heureuse expression « étant donné le contexte dans lequel [elles] ont été émis [es] »), sont de nature à renforcer le sentiment de rejet à l’égard de toute une communauté, voire à servir de caution – nolens, je le veux croire – à des passages à l’acte.

Est-il indigne (d’un maître de conférences) de s’indigner de tels propos ? Ou est-il indigne (d’un maire, d’un ministre) de les proférer ? Est-ce enfreindre la neutralité que de dénoncer sans concession le racisme et la xénophobie, où qu’ils se manifestent ?

Je ne conçois pas ma fonction d’enseignant-chercheur en dehors du respect d’une déontologie et de certaines valeurs (mais sans doute est-ce déjà ne plus être neutre ?) Quand ces valeurs sont ouvertement menacées, j’estime avoir le droit, et même le devoir, de les défendre (entre autres au sein de mon université) fût-ce en dépit, fût-ce contre le pouvoir hiérarchique dont je dépends. Pour le dire dans les mots de votre courrier, la loyauté (l’obéissance ?) que je suis censé manifester à l’égard de mes « supérieurs » ne saurait prévaloir sur mon attachement à des principes fondamentaux auxquels je ne puis renoncer « en mon âme et conscience » (et que je me sens obligé de défendre quand ils sont bafoués, car notre silence d’universitaires vaut complicité). Ce faisant, je ne pense pas, bien au contraire, trahir la mission qui m’a été confiée. Au rebours, vouloir retirer aux enseignants-chercheurs cette liberté de conscience et de parole, partie prenante des libertés académiques dont ils bénéficient traditionnellement, serait s’en prendre aux conditions mêmes qui leur permettent de transmettre et de créer des savoirs en toute indépendance. Seul un régime totalitaire pourrait être tenté d’agir ainsi.

Dans un passé pas si lointain, des universitaires et intellectuels français ont su manifester leur désaccord face à ce type de dangereuses dérives ; à mon sens, ils ont honoré leur fonction, en ayant le courage de dénoncer l’inacceptable, quand d’autres se taisaient ou approuvaient par opportunisme ; je ne prétends pas, bien sûr, m’égaler à eux, mais en répondant à des mots (insupportables) par d’autres mots (sarcastiques), je crois préserver un peu de leur esprit et continuer modestement leur combat. »



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