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On a appris cette semaine que la grande distribution va mettre à disposition de ses clients des millions de masques dès le 4 mai. Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, en annonce 225 millions, Leclerc évoque le chiffre de 170 autres millions, Intermarché 100 millions en magasin, Dominique Schelcher, PDG de système U, en proposera 15 millions.

«Dégoût» des soignants

Les personnels soignants se sont donc logiquement manifesté. Des semaines qu’on leur promet tout un ensemble de protections, qu’ils ne voient que très peu arriver, et là, comme par magie, des centaines de millions de masques apparaissent pour être mis en vente.

Dans un communiqué publié le 30 avril et intitulé «Les masques tombent», sept Ordres nationaux des professions de santé (médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, kinésithérapeutes, podologues et dentistes) exprime leur «consternation» et leur «dégoût».

«Toute guerre a ses profiteurs, écrivent-ils. C’est malheureusement une loi intangible de nos conflits» puis ils se demandent pourquoi les soignants n’ont pas pu être dotés de masques «quand on annonce à grand renfort de communication tapageuse des chiffres sidérants de masques vendus au public par certains circuits de distribution.»

Jean-François Batalla, président du conseil régional de l’ordre des pharmaciens de Bretagne s’interroge pour France Bleu : «On nous a dit haut et fort qu’il n’y avait pas de masques et d’un coup on se retrouve avec des millions de masques sur le marché. D’où viennent-ils ? Est-ce que c’est cela qui a provoqué la pénurie ?» «Ne sont-ils pas en train de gruger la population avec des masques simples sans filtration ?», ajoute-t-il.

Edern Perennou, président du conseil régional de l’ordre régional des infirmiers poursuit : «Nous ne sommes pas sûrs de la qualité de ce qui arrive». «On est interrogatif sur le fait que tout d’un coup, alors qu’arrive le déconfinement, on arrive à s’approvisionner en millions de masques alors que nous en demandons depuis des semaines à l’agence régionale de santé et que rien n’arrive.»

Les pharmaciens se plaignent depuis des semaines

Il faut rappeler que depuis des semaines, les pharmaciens demandent le droit de proposer des masques. Une intervention sur Cnews avait particulièrement fait le buzz lorsque Bruno Fellous avait affirmé pouvoir s’approvisionner en masques sans l’aide de l’Etat grâce à ses propres filières mais que ledit Etat refusait de laisser faire ces professionnels de la santé. «Il y a des réseaux, des filières mais, aujourd’hui, le pharmacien n’a pas le droit de vendre de masques, même pas le droit d’en acheter», expliquait-il.

Le docteur Martine Perez confirmait quelques minutes plus tard : «Aujourd’hui, je reçois des SMS qui m’expliquent que je peux acheter des masques, que l’on connait les filières, qu’il existe des producteurs qui sont aux normes européennes. Je trouve que cette histoire de masques est la plus scandaleuse depuis le début de cette épidémie. La doctrine du gouvernement sur les masques est chaotique !»

C’était le 13 avril dernier. Trois semaines plus tard, on apprend donc que la grande distribution va vendre des centaines de millions de masques. Que s’est-il passé entre temps ?

Un approvisionnement progressif

Le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Économie et des Finances, a essayé d’éteindre l’incendie. «Les chiffres avancés par la grande distribution (…) ne correspondent pas à ce qu’ils ont en stock aujourd’hui, mais aux commandes qu’ils ont passées pour les prochaines semaines, voire les prochains mois.»

Michel-Edouard Leclerc, PDG de l’enseigne du même nom, a pris la parole sur son site internet. Il explique «qu’il n’y a pas de stocks cachés» et que «E.Leclerc a simplement sécurisé un approvisionnement croissant de masques et de gants qui arriveront progressivement à partir de la semaine prochaine.»

Des filières différentes

Dans un communiqué, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) rappelle que «les enseignes de la grande distribution ne sont pas, et n’ont jamais été, en charge de l’achat et de la fourniture de masques pour les soignants» et que leurs commandes se distinguent de celles effectuées par l’Etat.

Elle ajoute que les stocks de masques FFP2 qui étaient en leur possession au début de la crise avaient été remis au monde de la santé.

Les grandes surfaces se défendent en précisant avoir agi à la demande des autorités publiques. «L’Etat a récemment demandé aux pharmacies, buralistes et magasins de la grande distribution de vendre, à compter du 4 mai, des masques grand public. L’autorisation a été donnée le 24 avril. Nous avons accepté de le faire, dans des conditions strictement encadrées.»

Pour expliquer la rapidité avec laquelle la filière a pu se procurer autant de masques, les enseignes mettent en avant leur présence sur le marché asiatique. «D’habitude, on achète des jouets ou du textile. Pour cela, on a des bureaux en Asie que l’on a désormais orientés vers l’achat de masques», explique un cadre de la grande distribution à France 3 Hauts-de-France.

Mais aussi une incompétence de l’Etat

Mais d’autres expliquent que c’est simplement l’Etat qui a mis trop de temps a passer ses commandes. En Espagne il y a quelques semaines encore la police distribuait déjà des masques dans le métro…

Une enquête Mediapart révélait qu’au moins de mars, de nombreux industriels avaient proposé leurs services au gouvernement pour importer très rapidement des masques depuis la Chine. Ils avaient eu en réponse soit un refus, soit un silence. Rappelons que cette inertie de l’Etat a également été dénoncé dans d’autres domaines comme le scandale des 150 000 à 300 000 tests réalisables par semaine en France mais refusés pour des raisons administratives.

Humour masques 1

Quid de la deuxième vague

Les experts s’interrogent sur une potentielle deuxième vague qui pourrait à nouveau submerger les hôpitaux, d’autant plus qu’aux malades Covid19 devraient s’ajouter des patients avec d’autres pathologies. Il ne faut pas oublier que l’hôpital était déjà en tension avant la crise du coronavirus.

Aussi, l’Etat est-il en capacité de fournir les protections nécessaires à l’avenir. Ne va t-il pas faire la même erreur en attendant d’être confronté au problème pour se lancer dans des commandes de matériels ?

Pourquoi n’organise-t-il pas la distribution des masques ? D’autant plus qu’il y a un risque d’affluence dans les grandes surfaces. Les images de bagarre pour du papier toilette sont encore fraîches…

Pourquoi ne pas réserver ces masques en priorité aux salariés qui n’auront d’autre choix que de se rendre sur leur lieu de travail. Le télétravail doit rester la norme pendant encore quelques semaines selon le gouvernement. Mais rien n’empêchera des personnes en télétravail de s’acheter des masques tandis que d’autres professions qui n’auront d’autre choix que de prendre les transports en commun pourraient en manquer…

La gestion de crise a été (est) catastrophique. La gestion de l’après-crise ne semble pas vouloir déroger à la règle.



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