Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on Google+Share on LinkedIn

L’Algérie perd l’un de ses plus grands artistes et ambassadeur. Promoteur de la culture kabyle à travers ses nombreux textes, il est notamment l’interprète du célèbre «A Vava Inouva.»

«J’ai appris avec une immense tristesse la nouvelle du décès» d’Idir, a déclaré le président algérien qui évoque la perte d’un «monument» et d’une icône de l’art algérien. 

Hamid Cheriet était né le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène, près de Tizi-Ouzou. En 1973, il remplace au dernier moment la chanteuse Nouara qui doit interpréter «A Vava Inouva» à la radio, un moment qui va changer sa vie. Ce titre qui est un hommage à la culture orale berbère et évoque les veillées dans les villages kabyles fera le tour du monde. Il sera traduit dans 15 langues et diffusé dans 77 pays.

Au cours de sa carrière, Idir collaborera avec de nombreux artistes parmi lesquels Jean-Jacques Goldman, Manu Chao ou encore Grand Corps Malade.

La chanson «Ssendu», autre grand titre, est une ode universelle à la maman, une chanson qui raconte les regrets. Lorsqu’il l’entonnait, très souvent, il expliquait comment les mots lui était venu lorsqu’il l’avait écrite…

Idir parle…

«Quand j’ai fait cette chanson, j’ai automatiquement pensé à ma maman, donc inévitablement à la vôtre aussi…

Je me souviens, je devais avoir 7- 8 ans, pas plus.

Nous étions en Kabylie, elle était là, à côté de moi, en train de battre du lait, qu’elle a mis dans une calebasse, – vous savez une espèce de baratte – elle le battait en faisant ce geste là (mouvements des mains tenant de chaque côté les cordelettes de la calebasse pour la faire osciller), peut-être qu’un certain nombre d’entre vous ont déjà vu faire…

Et quand, elle faisait son acte, son travail, elle le rythmait aussi des mots, d’idées, de chants, de soupirs.

Ça lui arrivait de pleurer des fois. Même d’esquisser un sourire à des moments aussi.

Mais vous savez sur le coup j’étais jeune, beaucoup trop petit pour comprendre. Ayant, bien sûr grandi, et surtout ayant emmagasiné toutes ces choses dans ma tête, dans ma mémoire, je me suis rendu compte alors qu’elle ne faisait que se confier à son instrument, parce qu’elle n’avait pas d’autre interlocuteur valable.

Et c’est là, où j’ai compris une chose, cette image de femme qui était là, subissant la loi du milieu, du mâle et qui se confiait donc à une chose inerte.

C’est là où j’ai compris une chose assez importante dans ma vie, c’est que ce n’est déjà pas évident d’être une femme en général dans n’importe quelle société, qu’elle soit moderne, avancée, aboutie ou non, je crois que ça l’est encore moins dans des sociétés à fortes traditions telles que la mienne, et j’en voulais pour preuve cette dame qui se trouvait être ma mère.

J’ai compris une deuxième chose, c’est que… j’ai sorti inconsciemment cette chanson du fond de mon enfance, à travers des visions que j’ai eues, que j’ai vécues, des sensations que j’ai éprouvées.

J’ai tout de suite compris aussi qu’elle n’était plus à moi tout seul mais qu’elle nous appartenait tous. Parce que d’abord, on a tous une maman, et que, pour peu qu’on appartienne à une de ces sociétés un peu à fortes traditions, on a une image de la mère assez spécifique, assez spéciale.

Et à ce titre, j’ai l’habitude donc de la partager avec vous, en vous demandant une chose, bien simple, ce que je fais depuis pas mal de temps : « essayez, ce soir, ce samedi soir à Puteaux, d’avoir dans votre tête, une image claire, précise, lumineuse, de celle qui vous a donné la vie, ou tout simplement de celle que vous aimez. Qu’elles soient ou non de ce monde, je pense qu’elles seront à jamais gravées dans nos cœurs.

Vous pourriez me dire pourquoi, bien sûr ?

Parce que l’un de vous pourrait me dire : ma maman est avec moi, on vît ensemble, il n’y a pas tellement de soucis !

Quel qu’un d’autre me dira : j’ai de ses nouvelles au téléphone, on se tient en contact.

Mais vous savez, ce n’est pas du tout pour cela !

Je vous le demande parce que je suis convaincu que vis-à-vis d’une femme en général et d’une maman en particulier, je crois que nous avons tous quelque chose à nous faire pardonner, ou à tout le moins à nous reprocher.

Ne dîtes pas non tout de suite. Rentrez en vous-mêmes, questionnez-vous et vous verrez bien !

Laquelle ou lequel d’entre vous n’aura pas vu des larmes perler sur leurs joues et surtout des larmes pour lesquelles nous avons une responsabilité plus ou moins directe sans compter tous ces pleurs, toutes ces larmes qu’elles auront versé à notre insu parce qu’elles n’auront pas voulu nous les montrer, soit par pudeur, soit par crainte de nous heurter, soit pour se dire : ma foi, bon,ces enfants, c’est moi qui les ai fait. Si quelqu’un doit se sacrifier autant que ça soit moi !

Franchement, laquelle ou lequel d’entre nous tous aura été pêché dans le tréfonds de leurs cœurs le moindre de leurs frissons, la moindre de leur fragilité et surtout cessez de voir en elles des ‘mamans-couveuses’, ou des ‘mamans-allaiteuses’, qui ne sont là que pour la reproduction, alors qu’elles peuvent aussi avoir de la place pour un cœur contrarié, des amours contrariés, un désir frustré, etc.

Et à côté de cette femme qui est la nôtre, j’aimerais avec votre permission que l’on y associe l’image de ces millions et de ces millions de femmes qui sont restées là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée, et qui n’ont pas la chance de vivre des moments comme ceux de ce soir.

Et là aussi, vous pourriez me dire : pourquoi ?

Parce que, comme nous tous, il nous arrive de rêver puis surtout de courir naïvement après nos rêves. J’imagine que si ce soir on se mettait à penser à elles, il sera inscrit quelque part, en haut, dans le ciel de Dieu, qu’un soir de novembre, somme toute banal, dans une petite ville qui s’appelle Puteaux dans la région parisienne, quelques centaines de personnes étaient, là, ce soir mais cette soirée banale devient exceptionnelle dans la mesure où ces quelques centaines de personnes, il n’y avait ni Marocains, ni Algériens, ni Français, ni Tunisiens, ni autre. Il y avait simplement quelques centaines de cœurs qui étaient là les uns à côté des autres, prêts à sortir d’eux-mêmes ce qu’ils ont de meilleur en émotions, en amours, en tendresses et que dans un élan commun, en pensant à elles, bien sûr, j’imagine une boulée émotionnelle monter dans le ciel, traverser la mer, et puis aller s’éparpiller en millions et en millions de petits morceaux, chaque petit morceau étant un tout petit peu de baume dans leurs cœurs meurtris et c’est à ce moment-là où cette fois-ci je suis sûr que ce n’est plus un rêve, on se dira dans un coin de ciel que ce soit là dans cette petite ville de Puteaux, ces quelques centaines de gens ont fait quelque chose de magnifique…»



Vous êtes maintenant plus de 70 000 à nous suivre sur notre page facebook ThePrairie.fr.
Nous en sommes fier et vous remercions de votre fidélité.
Nous avons lancé une page Tipee pour que vous puissiez nous aider à développer ce média indépendant et donc si vous souhaitez y contribuer, vous pouvez faire un don sur tipeee.com/theprairiefr/

Précision : NOUS N’AVONS ACCÈS A AUCUNE DE VOS INFORMATIONS évidemment. On ne fait que recevoir votre superbe don 🙂
Seul le site TIPEE à accès au reste.


Retrouvez la prairie sur fb/ThePrairie.fr et @ThePrairieFr


N’hésitez pas à partager l’article avec les boutons ci-dessous

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someoneShare on Google+Share on LinkedIn