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« Marie de la réa » explique sur twitter son parcours depuis des années. « Vous pensez que c’est à cause du Covid qu’on en est là », interroge-t-elle.

Et sa réponse fuse : « c’est presque tous les jours qu’on a du mal à transférer nos patients qui ont besoins de chirurgie cardiaque ou de neurochirurgie en urgence ».

Ci-dessous son témoignage… 

« Un long chemin de déception… voici comment je vois mon parcours de médecin hospitalier depuis plusieurs années.

J’ai fais des études de médecines d’une seule traite sans redoubler en étant fascinée par tout ce que j’apprenais, j’ai rencontré des médecins extraordinaires qui m’ont enseigné leur savoir, leur savoir être. Ils m’ont donné envie de rester à l’hôpital. J’ai fait une spécialité hospitalière par choix avec l’envie de rendre service. Après un internat épuisant mais motivant, j’ai été chef de clinique.

Puis ont m’a annoncé que je n’aurais pas de poste car on ne voulait pas de femme PH dans le service (oui les congés maternité c’est sournois, ça met tout le monde dans la merde)… mes 80 gardes annuelles, ce n’était pas assez.

Je suis partie passer 2 ans à l’étranger. J’ai appris d’autres choses, je me suis passionnée encore plus pour ma spécialité… et finalement un PUPH (Professeur des universités-praticien hospitalier) de mon CHU m’à demandé de revenir, en me promettant que j’aurais une place qui me correspondait. Je suis revenue en perdant plus de la moitié de mon salaire.

Et j’ai retrouvé un CHU encore plus dysfonctionnel qu’avant. Une guerre larvée entre le chef de l’unité et le chef du département. Conflit de loyauté. J’étais loyale au PUPH chef de mon département, qui me faisait participer à des projets de recherche.

Du coup mon chef d’unité a commencé à pourrir mon planning. Gardes et astreintes ingérables, aucun respect de mes Desideratas pourtant peu nombreux. Un jour on m’a annoncé que j’allais aller dans un autre service car il y avait eu des départs. Pas le choix, désignée d’office en mon absence. J’ai quitté le service. Je suis devenue remplaçante, je n’ai plus eu la passion de ce que je faisait, une réanimation qui ne se fait qu’en CHU, plus de greffes, plus d’assistances cardiaques, plus de recherche clinique, mais plus autant de pression.

Alors j’ai entendu ma ministre et ses conseillers @olivierveran par exemple, me traiter ainsi que mes collègues, de mercenaires… pourtant la plupart de ceux que je connais, sont juste tellement brisés ou déçus par le système qu’il leur fallait une sortie de secours…

J’ai repris un poste de PH en périphérie. Dans une bonne équipe. Mais la lutte permanente pour avoir des lits pour sortir les patients, avoir des médicaments pour soigner, avoir des produits sanguins me tue à petits feux. Vous pensez que c’est avec le covid qu’on est en difficultés, mais nous c’est presque tous les jours qu’on a du mal à transférer nos patients qui ont besoins de chirurgie cardiaque ou de neurochirurgie en urgence.

Notre CHU est débordé par la situation. Il est quasiment impossible de joindre un service sans utiliser le numéro de portable d’un copain ou d’un ancien interne. Restrictions budgétaires à tous les étages, il n’y a plus personne pour répondre au standard.

Pendant la crise du COVID, les médecins ont quelque peu repris la main et l’organisation a été beaucoup plus fluide, notamment avec un groupe régional WhatsApp qui nous a permis de gérer les dispo des lits, les renforts… mais cette crise à peine terminée revient l’administration au grand galop, pour nous faire faire des économies.

On pinaille pour nous délivrer les médicaments. On nous demande si vraiment la plaquette qu’on demande à 3h du matin c’est bien nécessaire ou si on peut décaler la transfusion à 12h le lendemain, parce qu’on en a qu’une et que ce serai mieux de la garder pour la mater au cas où… mais bien sûr, en réa à 3h du matin un prescrit des plaquettes pour s’amuser mais en fait ça peut attendre, d’ailleurs probablement que si on attend assez le patient sera mort et on en aura pas eu besoin… parce que si on l’utilise soit on fait venir une autre plaquette du CHU ce qui coûte un transport de nuit, soit s’il y a une hémorragie de la délivrance on en a plus… et une jeune mère risque de mourir. J’ai fait médecine pour sauver des gens, pour soulager les douleurs, apaiser les patients et leurs familles, soigner du mieux possible. On m’a appris à très bien le faire, avec un niveau d’exigence très élevé.

Ça fait moins de 10 ans que j’ai fini mon internat, et mes semaines s’enchaînent de colère en résignation. Je ne supporte plus de voir une dissection aortique mourir sous mes yeux après avoir passé 6h à essayer de lui trouver un bloc. Je ne supporte plus de soigner un palu à la quinine parce qu’on a pas d’artesunate. Je ne supporte plus de demander de l’urokinase au pharmacien comme si ma propre vie en dépendait… la réanimation c’est ma vie, ma passion, je ne sais pas quoi faire d’autre, mais j’ai peur de ne pas pouvoir continuer comme ça.« 



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