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Pouria Amirshahi - ThePrairie.fr !

Pouria Amirshahi – ThePrairie.fr !

Bronca à gauche

François Hollande a donc annoncé qu’il souhaitait inclure dans la Constitution la déchéance de nationalité pour les binationaux nés français et « condamné[s] pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation ».

Depuis, ils sont plusieurs à gauche, au sein même du Parti socialiste, à manifester leur opposition. Parmi eux, Martine Aubry ou Benoit Hamon mais aussi le prédécesseur de Valls à Matignon, Jean-Marc Ayrault qui twittait « Si la France est en péril de paix, alors ne la divisons pas davantage ! ».

La bronca est telle que le Président de la République penserait même au référendum pour imposer cette mesure.

Valls et les « grandes valeurs »

Valls, lui, multiplie les déclarations depuis quelques jours pour dire qu’il ira « jusqu’au bout », un signe d’une crispation face au dialogue, comme le dit le député PS Pouria Amirshahi ? Le Premier ministre en va même d’erreurs grossières dans sa communication affirmant qu’ « en Allemagne, la question ne se pose pas puisque la binationalité n’y est pas autorisée », alors que l’acceptation de la double nationalité pour les immigrés faisait parti des négociations entre différents partie en 2013 avant qu’elle ne soit votée en 2014.

Valls et la double nationalité en Allemagne - ThePrairie.fr !

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Dans un entretien au JDD, il accuse « une partie de la gauche [de] s’égare[r] au nom de grandes valeurs », des valeurs qui pourtant font la France, serait-on tenté de lui répondre. Un tweet de Florian Philippot, vice-président du Front national, le seul parti à avoir salué à l’unanimité cette proposition, permet de mesurer le risque à remettre en cause ces « grandes valeurs », à ouvrir une boite de Pandore très difficile ensuite à refermer.

Pouria Amirshahi lui répond

« Je crois que c’est toi qui t’égares », lui répond Pouria Amirshahi dans un texte cinglant sur son blog allant jusqu’à parler de la « mauvaise foi » de Valls, un texte qui se termine par cette triste conclusion : « pendant que votre proposition de déchéance divise et même hystérise notre pays, on ne traite plus du reste, qui relève de ta responsabilité : les politiques économiques, sociales et culturelles. »

Intégralité du texte de Pouria Amirshahi

« Manuel, tu viens de te fendre d’un billet pour te justifier sur la déchéance de nationalité, après avoir expliqué dans le Journal du dimanche que « certains à gauche s’égarent au nom de grandes valeurs »(sic!). Comme j’ai eu l’occasion de le dire, je crois que c’est toi qui t’égares. J’espère que tu reviendras à la raison.

Après avoir « prévenu » que tu irais « jusqu’au bout » (signe d’une crispation face au dialogue), tu vantes désormais les vertus d’un débat. Alors chiche, débattons. Je réponds donc à tes quelques arguments, un peu tardifs.

Tu demandes « comment peut-on dire que priver de la nationalité française des terroristes condamnés serait une idée d’extrême-droite ? ». Et bien, Manuel parce que toute l’extrême droite la revendique depuis longtemps et, de tous les camps politiques, c’est le seul, absolument le seul, à avoir salué la mesure à l’unanimité. La meute est ainsi lâchée, il suffit de lire les messages que nous recevons les uns et les autres.

Au-delà de l’insulte qui est faite à beaucoup, la mauvaise foi ne peut te conduire jusqu’à affirmer que les partisans de la citoyenneté et de l’égalité véritables, qui s’opposent à ce projet, alimenteraient le Front National. N’inverse pas les responsabilités s’il te plaît. Mieux vaut se remettre en cause, ne crois-tu pas ?

Mais le sujet est aussi sur le fond : tu évoques 1848 et tu uses du plus vertueux des exemples (la déchéance des esclavagistes) pour parer ta mesure de toutes les vertus républicaines. Rhétorique facile, qui veut visser ta transgression sur des valeurs de gauche et républicaines (tout ça pour finalement minimiser les effets de cette mesure « symbolique », « qui ne concerna pas grand monde » etc.). Mais, car il y a plein de mais, dans ce cas là, assume que tu es pour la déchéance en soi, en général, et pour tout délit que TU considères comme attentatoire à nos principes puisque tu en vantes l’exemplarité.  Et alors prends conscience que tu ouvres une boîte de Pandore : hier, Nicolas Sarkozy proposait la même chose pour les assassins de policiers, et demain que diras-tu à ceux qui pensent qu’on doit l’élargir à d’autres crimes ou délits ? C’est un peu comme la peine de mort vois-tu. On est pour ou contre, pas avec des exceptions.

J’ajoute un autre « mais » : il n’y avait pas, à l’époque, près de 4 millions de compatriotes binationaux.

Il n’y a aucune raison que pour un même crime, il y ait deux peines différentes. Il n’y aucune raison qu’un autre pays accueille un « terroriste » né français, ayant grandi et travaillé en France et accepte ainsi de devenir le réceptacle de nos monstruosités. Imagine qu’un terroriste franco-malien soit déchu de sa nationalité au Mali, l’accepterais-tu ? C’est pourquoi ce projet est non seulement dangereux mais aussi inutile qu’absurde.

On ne modifie pas la constitution ainsi, surtout « pour quelque cas ». C’est une insulte à l’esprit des Lois, de la Loi fondamentale.

Je conclue (provisoirement) par ceci : il est des invocations de la République qui ressemblent trop à des incantations.  La République ne se résume pas à l’autorité de l’État, elle est une promesse pour toutes et tous. C’est cette promesse qui s’éloigne avec les inégalités profondes qui traversent notre pays et bien d’autres et auxquelles tu ferais bien de t’attaquer. Car pendant que votre proposition de déchéance divise et même hystérise notre pays, on ne traite plus du reste, qui relève de ta responsabilité : les politiques économiques, sociales et culturelles. »

 

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