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Premier pays à avoir lancé le pistage du virus par smartphone de manière volontaire, Singapour lance un nouveau service liberticide, baptisé SafeEntry. Dès qu’ils entrent dans un bâtiment, les Singapouriens doivent scanner, avec leur smartphone, un code QR…

En France, nous débattons encore de l’opportunité de mettre en place une application pour tracer les personnes porteuses de la maladie. Le site suisse Letemps.ch s’est intéressé au cas de Singapour qui a déjà lancé le pistage du virus par smartphone. Ce pays vient subitement de mettre en place un système de surveillance à large échelle.

Loin des 60% requis

En lançant le 20 mars dernier son application, Singapour a été l’un des premiers, si ce n’est le premier Etat – Chine mise à part – à lancer un programme de traçage du virus. Le programme TraceTogether, développé par l’Etat, est proposé de manière volontaire et anonyme. Il se base sur la technologie Bluetooth pour détecter si deux individus sont restés à proximité l’un de l’autre durant plus de quinze minutes. Singapour a lancé TraceTogether après avoir fermé partiellement ses frontières et imposé des mesures de quarantaine aux voyageurs.

De nombreux experts pensaient que les Singapouriens, réputés pour leur discipline, leur acceptation des règles et leur utilisation importante des technologies, allaient utiliser en masse TraceTogether. Il n’en est rien: un peu plus d’un million de personnes la téléchargent, soit environ 20% des 5,6 millions habitants de la cité-Etat. On est loin des 60% espérés, un taux jugé par de nombreux scientifiques comme nécessaire pour endiguer la propagation du virus.

TraceTogether

TraceTogether

Une foi ébranlée

Un autre problème survient: l’explosion du nombre de contaminations. Dès le 6 avril, Singapour décrète un semi-confinement. Mi-avril, plusieurs centaines de nouveaux cas sont enregistrés chaque jour, avec un pic à plus de 1400 unités le 20 avril. Plusieurs raisons sont avancées. D’abord, les conditions de vie difficiles de centaines de milliers de travailleurs immigrés: ils habitent dans une telle promiscuité que l’application se révèle inutile pour tenter de juguler la pandémie. Singapour découvre aussi que de nombreuses personnes âgées n’ont pas de smartphone ou ne savent pas télécharger une application.

La foi absolue dans la technologie s’ébranle. Le 11 avril, Jason Bay, directeur des services numériques gouvernementaux de Singapour, écrivait ceci: «Si vous me demandez si un système de traçage des contacts via Bluetooth […] est prêt à remplacer la recherche manuelle des contacts, je vous répondrai sans réserve que non.» Il faut donc en parallèle interroger une à une les personnes malades pour retracer leurs parcours et identifier celles et ceux qu’elles auraient pu infecter.

Déplacements sous surveillance

Mais le 21 avril, le premier ministre, Lee Hsien Loong, insiste: «Nous devons utiliser pleinement la technologie pour retracer le parcours des personnes infectées par le virus.» Fini la base volontaire. La cité-Etat annonce une mesure drastique: l’obligation de s’enregistrer lorsque l’on pénètre dans un bâtiment public, via le système SafeEntry. Depuis le 23 avril, les Singapouriens doivent scanner, avec leur smartphone, un code QR lorsqu’ils entrent et qu’ils sortent d’un tel bâtiment. Cette obligation sera étendue aux centres commerciaux et aux entreprises dès le 12 mai. Et le gouvernement veut aussi que les gares et les parcs soient équipés de tels lecteurs de codes QR.

SafeEntry

SafeEntry

Ainsi, le système central obtiendra les coordonnées complètes – du nom au numéro de téléphone – des Singapouriens qui fréquentent ces lieux. SafeEntry diffère ainsi de TraceTogether sur deux points majeurs: d’abord, son caractère obligatoire, comme on vient de le voir – même si un haut responsable de la Santé vient de demander que TraceTogether devienne obligatoire. Ensuite, la qualité des données récoltées diffère: la première application lancée fonctionne de manière anonyme – ni le nom, ni la localisation des personnes n’étant révélés. SafeEntry ne semble pas avoir suscité, pour l’heure, de critiques.

Système décentralisé

L’exemple singapourien peut ainsi être éclairant pour les autres pays qui étudient la possibilité de lancer une telle application. 

Une application ne remplacera jamais un traçage manuel des malades, effectué par des médecins dans chaque ville pour retracer le parcours des personnes positives au virus. Une position partagée par l’OMS qui a indiqué mercredi que ces applications «ne remplaceront pas» le travail d’investigations menées par des humains. L’organisation a estimé qu’elles ne feront «qu’aider» face à la pandémie.

Article paru sur le site letemps.ch



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